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Initiation chrétienne : la Confirmation et la catéchèse (3/3) par le Père Laurent Sentis

Jusqu’alors, durant leur préparation, ceux-ci n’avaient pas le droit de participer à l’Eucharistie. Ils étaient renvoyés après la première partie de la messe qui, autrefois comme aujourd’hui, était une célébration de la Parole. Un texte était proclamé, puis la foule chantait un psaume en lien avec ce texte, et le célébrant concluait par une oraison. Le célébrant faisait aussi une homélie, c’est-à-dire un commentaire familier de l’Écriture. La célébration de l’Eucharistie était réservée aux initiés soumis à la discipline de l’arcane, c’est-à-dire du secret.

On le comprend aisément, en participant pour la première fois à la majestueuse célébration liturgique de la Vigile pascale... Les candidats au baptême étaient émerveillés. Mais le sens de ces rites leur échappait. C’est pourquoi on leur demandait de revenir pendant les jours qui suivaient la fête de Pâques. Ils recevaient alors ce qu’on appelle une catéchèse mystagogique. Cet adjectif d’origine grecque signifie « ce qui conduit au mystère » . L’évêque invitait les néophytes (c’est-à-dire les nouveaux baptisés) à se souvenir de ce qu’ils avaient vécu. Il leur en expliquait la signification. On pensait en effet que, pour entrer dans l’intelligence de ces rites, il fallait les avoir vécus et en avoir reçu les bienfaits. On leur expliquait donc le sens du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie. L’initiation n’était achevée que lorsque le temps de Pâques était terminé, que les nouveaux chrétiens avaient reçu une catéchèse complète et étaient en mesure de participer régulièrement à la messe. Si l’on appliquait ces critères aujourd’hui, il faudrait reconnaître que beaucoup de chrétiens n’ont pas encore achevé leur initiation !

Les catéchèses que nous avons conservées nous permettent de voir comment l’Eglise exprimait sa foi en l’Eucharistie. La présence réelle du Christ sous les apparences du pain et du vin était enseignée de façon simple et claire. De même que le Christ avait changé l’eau en vin à Cana, ainsi changeait-il le pain en son Corps et le vin en son Sang. Puisque le Christ l’avait affirmé, il fallait le croire sans hésiter. Par la communion, le chrétien devenait un seul corps avec le Seigneur. Par ailleurs, l’Église de ce temps, toute imprégnée de la Bible, concevait le sacrifice comme une offrande faite à Dieu et voyait sans hésiter dans l’Eucharistie le sacrifice pur et spirituel annoncé par les prophètes.

Toutes ces catéchèses, répétons-le, étaient fondées sur l’Écriture Sainte. On avait le souci de l’expliquer à tout le monde et d’en montrer le sens spirituel. On montrait notamment comment l’Ancien Testament annonçait de façon voilée et comme par énigme le mystère de Jésus. On montrait aussi comment cette Écriture contenait de nombreuses figures des rites liturgiques de l’Eglise. Il en résultait une atmosphère très particulière où Dieu se livrait à travers les images, les symboles et le culte communautaire de l’Eglise.

Il est important de retrouver la force nourrissante de l’Écriture lue en Eglise, dans un cadre liturgique. Cela demande de notre part un effort, car notre mentalité demeure étrangère sur bien des points à ce monde ancien dans lequel la Bible fut écrite. Mais si nous faisons cet effort, nous serons étonnés par la beauté du mystère qui nous sera dévoilé, et notre participation à la liturgie en sera d’autant plus fervente.

Père Laurent Sentis